03.03.2009

Dernière nuit tropicale (fin)


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Alice a cédé aux supplications de Julien. C’est le moment que ce dernier choisit pour déclarer toute sa flamme à la pauvre Alice qui tente cependant de résister aux ardeurs de son interlocuteur.

Tu es si spontanée, Alice, si souriante, tu me plais beaucoup, tu sais…

Il y a bien longtemps qu’elle n’avait pas entendu de tels propos à son sujet venant d’un homme, surtout d’un homme aussi jeune et beau. Tout  se bouscule un peu dans sa tête  et c’est l’instant que choisit dame Raison pour intervenir :

Non mais Alice, tu divagues ! Tu t’es regardée dans la glace ? Tu ne vas tout de même pas croire aux sornettes de ce dragueur qui ne voit en toi qu’un moyen facile d’améliorer sa situation. Tu n’es pourtant pas née d’hier, tu sais très bien que ce n’est pas pour tes beaux yeux qu’il s’intéresse tant à toi !

Alice : oui , mais …

Dame Raison : mais quoi ?  Cela va te mener à quoi d’avoir une liaison avec ce garçon ?

Alice : ah, tout de même, ça peut être un moment bien agréable !

Dame Raison : agréable, sans doute, mais après ?

Alice : bah, après ? … Rien.

Dame Raison : parce que tu crois qu’il te laissera en paix  par la suite. Il va s’accrocher, c’est une aubaine pour lui. Tu représentes la poule aux œufs d’or, il ne va pas se contenter de te séduire, il va essayer de t’envoûter, si ce n’est déjà fait, et te connaissant, tu es bien capable de ne pas pouvoir  résister. Ressaisis-toi avant qu’il soit trop tard !

Alice : me ressaisir, me ressaisir, tu en as de bonne , toi la Raison, mais que fais-tu du plaisir ? Après tout, on ne vit qu’une fois et j’ai bien droit moi aussi  à un peu de bonheur dans cette vie de solitude !

Mais dame Raison a des atouts dans son jeu et finit par décourager la pauvre Alice.

Entre-temps, le gamin a fini la réparation et Julien invite Alice à repartir.

Tout au long du chemin, il ne cesse de la flatter et plus il parle, plus elle rit. En fait, elle n’écoute plus ce qu’il dit. Ils arrivent bientôt devant l’auberge. Il gare son scooter et ils descendent. L’endroit est maintenant désert.

Reste encore un peu avec moi Alice.

Non, c’est là que nos chemins se séparent, je t’enverrai des photos pour ton blog, mais  je vais maintenant retrouver mes amis. Ne sois pas triste, c’est mieux ainsi…

Et tendrement elle lui caresse la joue en soupirant puis l’embrasse.

Il essaie de la retenir, mais elle s’esquive et pénètre rapidement à l’intérieur de l’auberge.

Au revoir Julien, merci pour la balade !

Elle ne se retourne pas, c’est préférable.

Dame Raison a  certes remporté la victoire, mais Alice espère quand même que le hasard fera changer les choses. Elle se dit qu’il a peut-être repéré l’emplacement de sa chambre, située un peu plus loin, au rez-de-chaussée d’une bâtisse, que, peut-être  dans la nuit, elle entendra quelqu’un frapper discrètement à sa porte et que, si c’est le cas, eh bien, elle ouvrira la porte.

Mais il n’y eut aucune visite nocturne et elle dormit fort mal cette nuit-là.

Elle le revit le lendemain matin, quelques heures avant son départ.

Alice est maintenant de retour. Il fait froid et triste. Elle regarde par la fenêtre la neige qui tombe doucement et recouvre le gazon du jardin.

Elle éprouve des regrets, regrets de ne pas avoir osé, mais ces regrets ne sont pas empreints de tristesse, ils ont le goût à la fois doux et acidulé d’un berlingot. Une idée folle lui traverse soudain l'esprit :

Et si… ?

 

FIN

28.02.2009

Dernière nuit tropicale (2)


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Ils arrivent bientôt à la route principale reliant Cotonou à Lomé, au Togo. Le cybercafé se tient de l’autre côté de cette voie très passante.

A l’intérieur quelques jeunes lèvent les yeux quand ils franchissent le seuil de la petite maison. Alice se sent observée par des regards mi-curieux, mi-amusés. Julien va serrer la main du responsable et ils se mettent à parler dans leur langue. Pendant ce temps, Alice fait le tour de la pièce en regardant les sites sur lesquels les jeunes s’étaient connectés.

Ayant obtenu un code d’accès, Julien lui propose alors de s’asseoir et il lui montre fièrement son site. C’est grâce à l’aide d’un ami belge qu’il a pu ainsi créer sa page web en trois langues et qui propose aux touristes différentes visites dans la région de Grand Popo.

A mon tour à présent, lui dit Alice. Elle tape alors l’adresse de son blog et on voit apparaitre sur l’écran le visage d’une gamine malicieuse.

C’est toi ? lui demande Julien.

Eh oui, fait-elle en soupirant et souriant à la fois.

Au-dehors la nuit vient de tomber sans bruit. Elle se lève alors et va régler la connection.

Garde ton code, lui-dit-elle, il te reste du temps encore puisque j’ai pris une heure. Maintenant, si tu veux bien, on va rentrer à l’auberge.

Les voilà de nouveau sur la route. Elle remarque qu’il n’a pas pris le même chemin qu’à l’aller, mais cela ne l’inquiète pas plus que cela car elle sait où elle est.

Il tourne soudain à droite dans une ruelle sombre. L’asphalte laisse place à de la terre ocre et poussiéreuse. Soudain, alors qu’ils passent devant un homme assis au seuil de sa cabane, ce dernier se met à crier quelque chose qu’Alice ne comprend pas mais Julien stoppe aussitôt et lui demande de descendre.

Que se passe t-il ?

J’ai crevé, lui répond Julien en regardant sa roue arrière, puis il fait demi-tour et pousse son scooter vers une espèce de taudis sombre devant lequel se tiennent quelques hommes, assis par terre.

L’endroit est glauque et Alice se sent soudain très mal à l’aise. Elle n’a pas peur, non, mais elle ne se sent pas à sa place, elle a l’impression désagréable de faire tache dans ce décor miséreux. Pendant ce temps, Julien a confié son scooter à un gamin en haillons qui aussitôt s’affaire sur l’engin. Le temps semble terriblement long à Alice qui cogite alors les possibilités de partir au plus vite de ce lieu.

Ça va demander longtemps la réparation ? demande t-elle à Julien qui ne répond pas.

Bon, je ne vais pas attendre ici plus longtemps, finit-elle par lui dire. Je pars à pied devant et tu me rattraperas en cours de route.

Et elle sort de son sac une lampe torche. Elle est futée cette Alice quand même ! Avoir prévu de prendre sa lampe la remplit d’aise. Ce qui l’enchante beaucoup moins, c’est de savoir qu’elle va devoir parcourir au moins cinq kilomètres à pieds !  Elle calcule le temps qu’il va falloir pour arriver jusqu’à l’auberge : plus d’une heure, c’est certain. Cependant l’itinéraire est tout simple : il suffit de continuer sur cette piste, puis une fois au bout, tourner sur la gauche. Après, c’est tout droit certes, mais bien long…

Non attends, ne t’en vas pas, crie alors Julien en se précipitant et la retenant par le bras.

Alice, je t’en prie, patiente encore un peu…

Il a l’air sincère et navré, il n’a pas desserré son étreinte et Alice finit par céder.

 

A suivre…

20.02.2009

Dernière nuit tropicale -1-

 


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Le soleil décline peu à peu dans le ciel plombé et la chaleur se fait plus douce. Seul le grondement violent et irrégulier des vagues déferlant sur la plage vient rompre le silence des lieux.

Alice est venue tôt car elle sait que ce soir est son ultime chance de pouvoir photographier le coucher du soleil au-dessus de la mer. La plage s’étend à l’infini, bordée de palmiers penchés de façon très irrégulière. Au loin on peut apercevoir les quelques barques des pêcheurs du village alignées sagement sur la grève.

Pour son dernier soir, Alice a revêtu sa robe noire fendue sur les côtés qui lui donne un air chic et sobre à la fois. Elle a posé son sac à dos sur un des fauteuils de la plage mis à disposition des touristes sous de larges parasols en paille. Mais les touristes de l’auberge située au bord de la plage sont repartis, hormis deux ou trois couples et une Finlandaise.

Après avoir minutieusement regardé dans le viseur et réglé tout aussi minutieusement l’objectif, elle s’apprête à appuyer sur le déclic quand soudain elle aperçoit un homme.

Flûte alors, quel emmerdeur, il ne peut pas se foutre ailleurs celui-là ? dit-elle à mi-voix tout en abaissant les bras.

L’homme est jeune, la trentaine tout au plus, élancé, l’allure sportive. Il est vêtu d’un pantalon sombre et d’un tee-shirt jaune d’or qui tranche sur sa peau couleur ébène. Il s’avance dans sa direction en arborant un large sourire :

Bonjour, je m’appelle Julien et je suis guide à l’auberge. Vous êtes en vacances ici ?

Le ton est chaleureux et la mauvaise humeur d’Alice disparait aussitôt.

Bonjour, moi c’est Alice. Oui, je suis à l’auberge avec deux amis. Mais nous partons demain. Aussi j’en profite pour faire des photos, j’aimerais avoir un beau coucher de soleil avant mon départ.

Et la conversation s’installe peu à peu. Julien lui énumère les lieux qu’il fait découvrir et Alice lui raconte son périple à travers le pays et les impressions qu’elle en retire. Ils finissent bientôt par se tutoyer.

Ce qui m’a un peu dérangée, c’est de ne pas trouver de cybercafé ici pour aller sur mon blog, conclut-elle.

Mais si, il y en a un, il est situé sur la route principale ! Si tu veux, je peux t’y conduire.

Voyons voir, quelle heure est-il ? Dix-huit heures trente. C’est loin d’ici ?

Non, il faut environ quinze minutes à scooter.

Bon, d’accord, je veux bien y aller, mais je dois rentrer au plus tard à dix-neuf trente pour le dîner avec mes amis.

Ne t’inquiète pas, tu sais, ici en Afrique, il n’y a jamais de problèmes…

Il n’y a que des solutions, je sais ! ajoute Alice en riant.

Le scooter de Julien est garé à l’entrée de l’auberge et bientôt ils s’élancent sur la piste ocre en direction de la grande route.

Alice, qui avait passé ses bras autour de la taille du jeune homme par crainte de tomber, finit par desserrer son étreinte et pose pudiquement ses mains sur ses épaules. Elle se souvient alors de la toute première fois où elle est montée sur une moto. C’était en Allemagne de l’est, à Greifswald, ville universitaire située au bord de la mer Baltique et où elle séjournait pour un mois afin de parfaire son allemand. Durant son séjour elle avait reçu la visite d’un de ses nombreux correspondants, journaliste à Berlin-est. Il avait fait le trajet aller-retour uniquement pour la revoir. Elle avait à l’époque vingt et un ans, c’était en 1970. Car Alice a bientôt soixante ans, mais elle préfère dire quarante-vingt ans, elle trouve que ces deux nombres reflètent les deux plus beaux âges d’une femme.

Le fait de penser soudainement à son âge la plonge dans une profonde tristesse…

 

A suivre